Vous êtes ici >> Accueil/Les Dossiers/Actualités/Le prix de la mort

Traité de Législation
et Réglementation Funéraire

64.00 EUR TTC


Pratique de la thanatopraxie

85.00 EUR TTC

 

Le prix de la mort

Lu 3623 fois
Comme chaque année la période de la Toussaint est propice à l’éclosion dans la presse grand public d’articles sur le secteur funéraire. Et une fois de plus certains articles dénigrent notre profession ! Nous en avons assez de cette image que certains veulent donner de notre métier. Il nous faut réagir, non pas pour nous lamenter d’être des mal aimés mais pour démonter les arguments de nos détracteurs et plus encore pour mettre en avant l’utilité, les difficultés, les mérites et même la noblesse de notre profession.
Le coût des obsèques

Le thème favori de nos détracteurs est régulièrement l’augmentation exagérée des prix des funérailles. La fin du monopôle des pompes funèbres n’a pas diminué le coût des obsèques. Un homme politique important en France a déclaré que les promesses n’engagent que celui qui les écoute. Nous n’avons jamais cru que l’introduction de la concurrence dans l’activité funéraire allait entrainer mécaniquement la baisse des prix. Il faut être un piètre observateur de la vie économique et méconnaître les mécanismes de formation des prix pour croire à ce genre de raisonnement.

S’il est vrai que le coût des obsèques a augmenté plus vite que l’indice général du coût de la vie mesuré par l’INSEE il faut en chercher l’explication ailleurs que dans le tempérament de vautours des professionnels qui profitent du désarroi des familles.
Organiser des obsèques est un service complexe, au sens où il se compose de toute une série de prestations de services et de fourniture de biens par l’entreprise mais aussi par des services fournis par des tiers. Donc si l’on veut analyser les coûts il ne faut pas se contenter d’une appréciation globale mais faire une analyse fine de l’évolution du nombre de composants et de l’évolution des prix de chaque élément.
Les pratiques funéraires ont évolué depuis dix ans. Le recours à la thanatopraxie a augmenté et c’est le fait des familles qui reconnaissent l’importance de cette technique pour l’image qu’elles vont garder du défunt. L’utilisation par les familles des chambres funéraires est de plus en plus fréquente car cela facilite le recueillement et les visites des proches. De plus en plus souvent les décès ont lieu à l’hôpital plutôt qu’au domicile ce qui nécessite, du fait de la réglementation, l’utilisation de véhicules spécialisés. La réglementation impose des normes au niveau du matériel utilisé, qui se justifient sans doute, mais qui en majorent le prix.
Le coût est souvent présenté comme une raison du développement de la crémation. Le prix d’une crémation varie en France selon les crématoriums de 390 à 650 euros et c’est pourtant un service public ; ah ! les taxes ! Selon les souhaits de la famille, en dehors du monument funéraire, la différence de coût des obsèques avec crémation n’est pas très significative. De plus, comme souvent les familles souhaitent avoir un lieu de recueillement, le développement des cavurnes en est la preuve, cette différence sera encore diminuée.
La profession se modernise et améliore la qualité de ses prestations ce qui, dans une activité de services, passe par des efforts constants en matière de formation de tout le personnel.
Après une période de simplification des rites funéraires, nous assistons à un retour du besoin de cérémonial de la part des familles, et l’émergence d’une demande de nouveaux services.
Tous ces éléments justifient cette augmentation du prix global des obsèques légèrement supérieure à l’évolution de l’indice général des prix.

Les "devis-types"

Imaginer un seul instant que l’obligation d’élaborer des " devis-types " au niveau des municipalités en collaboration avec la profession vont être d’une quelconque utilité pour faciliter la vie des familles, c’est se bercer d’illusion. Pour rappel, quand la législation imposait le monopôle communal sur les obsèques, la municipalité, qui accordait une concession, imposait ces fameux "devis-types". Ils étaient très bas pour obtenir la concession et très peu utilisés ensuite pour assurer l’équilibre de gestion de l’entreprise.

La réglementation impose la proposition d’un devis détaillé à la famille frappée par un deuil, la signature d’un bon de commande et une facturation conforme à ce bon de commande. Comment encore imaginer, si ces règles sont respectées, que le client peut encore être abusé du fait de son état ? Avant peut-être découvrait-il la note après le service ? Il n’avait pas le choix de l’opérateur du fait du monopôle. Aujourd’hui il peut faire jouer la concurrence. Peu de gens s’adressent par hasard à une entreprise de pompes funèbres. Seule une famille qui n’a jamais été confrontée à la mort et qui subit une perte brutale peut se trouver dans l’ignorance totale. Mais c’est tout de même assez exceptionnel et si cela arrive, cela n’arrive qu’une fois.

Exigeons que les pouvoirs publics fassent confiance à la profession et au citoyen-consommateur, qu’ils édictent des règles de transparence, et qu’ils facilitent l’information des consommateurs. Mais de grâce, que l’on cesse de croire que tous les problèmes se règlent par la loi.
Va-t-on enfin se décider à sortir de l’économie administrée et accepter le marché et la concurrence ?

Tout esprit raisonnable admet qu’il faut réguler le marché si l’on veut éviter la loi de la jungle mais cela ne doit pas être un prétexte à revenir à la multiplication des règles.
Simplifier la réglementation quand elle est trop pointilleuse et sans efficacité, et baisser le taux de la T.V.A. (la plus élevée d’Europe) dans notre secteur sont des mesures qui auront plus de résultat sur la facture finale que le dénigrement de la profession.

Les contrats obsèques

La souscription d’un contrat obsèques est le plus sûr moyen de ne pas se trouver dépourvu le moment venu. Le client n’est pas dans une situation d’urgence, il peut demander plusieurs devis, choisir les prestations en fonction de ses moyens et de ses croyances. Pour sécuriser les fonds consacrés aux obsèques le législateur a imposé de passer par un contrat d’assurance.
Deux menaces planent sur la souscription de vrais contrats obsèques :
Si le souscripteur souhaite payer ses obsèques à l’avance, rien ne justifie que le devis ne respecte pas les règles définies par la loi pour l’organisation d’obsèques c'est-à-dire notamment un devis précis et détaillé. Puisque la date de réalisation des prestations est inconnue, un contrat obsèques avec des prestations personnalisées est un pari que les produits financiers versés par l’assureur vont couvrir l’augmentation des prix des prestations.
Il faut donc que chaque contrat soit explicite sur qui court ce risque, comment il est éventuellement partagé, et quels sont les conséquences pour le souscripteur et ses ayants droits.
Des organismes financiers ont vendu à grande échelle des contrats standardisés qui ne prévoient pas dans le détail les prestations obsèques, c'est-à-dire en respectant les mêmes règles que lors d’organisation d’obsèques. Ces contrats restent discrets sur qui intervient le moment venu, pour faire quoi, et qui prend le risque du pari évoqué ci-dessus ?
Le client devra-t-il payer la différence ?
L’assureur paiera-t-il le coût des obsèques ou simplement le capital assuré ?
Et dans ce cas (le seul possible) est-ce l’opérateur qui assumera cette différence ?

Ces contrats vendus comme des financements d’obsèques à l’avance sont des bombes à retardement qui finiront par exploser.
Les opérateurs qui prêtent leur concours à ce type de contrats risquent un jour de le regretter amèrement.

Si l’information du consommateur est faite correctement je crois que les souscripteurs n’auront pas beaucoup d’hésitation. Il faut que les opérateurs se mobilisent pour expliquer à leurs clients et aux organismes de défense du consommateur que : "A chacun son métier".

Pour avoir un vrai contrat obsèques, il faut s’adresser à un opérateur funéraire seul capable de garantir un service conforme au choix détaillé du souscripteur avec une garantie financière apportée par un assureur.

La deuxième menace, plus récente, est la transcription des directives européennes sur l’intermédiation en assurance dans le droit français (voir notre article dans Réson@nce n°24 d’octobre 2006). Dans l’état actuel des choses pour vendre un contrat obsèques un opérateur funéraire devra se faire immatriculer comme intermédiaire d’assurance avec une série de contraintes dont toutes ne sont pas encore connues.
Si l’accès des opérateurs funéraires à la vente de contrats obsèques n’est pas facilité, ils seront un peu plus en situation de dépendance administrative et financière vis-à-vis des assureurs.

Si les pouvoirs publics veulent améliorer la prise en charge des familles endeuillées, qu’ils simplifient la réglementation, qu’ils diminuent les taxes qui pèsent sur le secteur, qu’ils facilitent le financement des obsèques notamment au travers de vrais contrats obsèques, qu’ils favorisent et développent l’information des familles et qu’ils fassent confiance aux opérateurs funéraires pour assumer leur métier au mieux des souhaits de leurs clients

Le marché, la concurrence et la justice finiront par avoir raison des brebis galleuses qui peuvent exister dans notre profession comme dans tous les métiers, mais ni plus ni moins !

Si la profession parlait d’une seule voix pour défendre le métier et en promouvoir une meilleure image, nous serions surement plus écoutés et mieux considérés !

Maurice ABITBOL
Auteur : La Rédaction infos sur l'auteur | contactez l'auteur | le site de l'auteur